La réponse courte : non. Au 31 octobre 2026, la bouillie bordelaise n’est pas interdite en France, ni pour les agriculteurs ni pour les jardiniers. Le cuivre, sa substance active, reste approuvé dans l’Union européenne jusqu’au 30 juin 2029. En revanche, son usage est de plus en plus encadré : plafond de 28 kg de cuivre par hectare sur 7 ans depuis 2019, et une partie des produits à base de cuivre n’ont pas été renouvelés par l’ANSES en 2025. Pour un jardinier, la règle pratique est simple : utilisez un produit qui porte la mention « emploi autorisé dans les jardins » et dont l’autorisation est toujours valable.
Les titres de presse de 2025 et 2026 ont semé le doute : « la bouillie bordelaise en sursis », « les produits au cuivre interdits ». La réalité est plus nuancée. Certains produits ont bien été retirés, mais le cuivre lui-même n’est pas interdit. Voici ce qui a changé, ce qui reste permis au jardin, et comment vérifier votre propre flacon.
Ce qui est vrai, ce qui est faux
| Affirmation | Vrai ou faux ? |
|---|---|
| « La bouillie bordelaise est interdite en 2026 » | Faux. La substance reste approuvée dans l’UE jusqu’au 30 juin 2029. |
| « Des produits au cuivre ont été retirés » | Vrai. En 2025, l’ANSES n’a pas renouvelé l’autorisation de 17 produits cupriques. |
| « Les particuliers n’ont plus le droit d’en utiliser » | Faux. Les produits portant la mention « emploi autorisé dans les jardins » et utilisables en agriculture biologique restent accessibles aux amateurs. |
| « On peut en mettre autant qu’on veut, c’est bio » | Faux. Les doses et le nombre de traitements sont limités sur chaque étiquette. |
| « Mon vieux paquet du garage est forcément encore autorisé » | Pas forcément. Il faut vérifier son autorisation. |
L’historique : comment on en est arrivé là
Avant 2019 : un produit ancien, très utilisé
La bouillie bordelaise est utilisée contre le mildiou depuis la fin du XIXe siècle. Son principe actif est le cuivre, présent sous forme de sulfate de cuivre neutralisé par de la chaux (voir notre page sur la composition de la bouillie bordelaise). Comme toutes les substances phytopharmaceutiques, le cuivre doit être approuvé au niveau européen pour que des produits qui le contiennent puissent être autorisés dans chaque pays.
2018-2019 : un renouvellement sous conditions
Fin 2018, au moment du renouvellement, le cuivre n’a pas été reconduit dans les mêmes conditions qu’avant. Le règlement d’exécution (UE) 2018/1981 du 13 décembre 2018 l’a renouvelé en tant que substance dont on envisage la substitution, c’est-à-dire une substance que l’on cherche à remplacer à terme. Selon le bulletin de l’ANSES de janvier 2019, cette approbation a été renouvelée au 1er janvier 2019 pour une durée de sept ans, plus courte que d’habitude.
Ce même règlement a fixé la règle qui encadre encore aujourd’hui tous les produits au cuivre : 28 kg de cuivre par hectare sur une période de 7 ans, soit 4 kg par hectare et par an en moyenne. L’ANSES explique ce statut par deux raisons : la persistance du cuivre dans les sols et sa toxicité pour les organismes aquatiques. Les détails sont dans notre article sur les dangers de la bouillie bordelaise.
2025 : la prolongation européenne
L’approbation de 2019 arrivait à échéance au début de 2026. Le règlement d’exécution (UE) 2025/1489 de la Commission du 24 juillet 2025 l’a prolongée jusqu’au 30 juin 2029, d’après la réponse du ministère de l’Agriculture publiée au Journal officiel le 14 avril 2026. Cette prolongation laisse le temps à l’Union de terminer la réévaluation de la substance. Rien n’est donc décidé, à ce jour, pour l’après-2029.
2025 : la réévaluation des produits par l’ANSES
Après chaque renouvellement d’une substance, chaque produit qui la contient doit être réévalué. En France, c’est l’ANSES qui délivre et réexamine les autorisations de mise sur le marché (AMM). En juillet 2025, l’Agence a rendu des décisions pour 34 demandes concernant des produits à base de cuivre.
Les chiffres donnés par le ministère de l’Agriculture dans sa réponse du 14 avril 2026 :
- 2 AMM de produits cupriques ont été renouvelées ;
- 17 AMM ne l’ont pas été ;
- une quinzaine de décisions restaient attendues, l’Italie étant l’État chargé de l’évaluation pour ces produits.
Pourquoi ces refus ? L’ANSES cite les risques pour les riverains, pour certains travailleurs agricoles et pour l’environnement, notamment les eaux. Elle précise que des formulations en poudre, qui exposent davantage la personne qui traite, n’ont pas été renouvelées faute de démonstration de leur innocuité. Elle souligne aussi que, pour presque tous les usages, au moins un produit au cuivre reste autorisé. Le seul usage resté sans solution est le houblon.
2026 : contentieux et délais
Le 31 mars 2026, le tribunal administratif de Melun a suspendu partiellement quatre décisions de l’ANSES du 15 juillet 2025, qui concernaient des produits professionnels à base d’hydroxyde de cuivre utilisés en viticulture. Il a demandé à l’ANSES de réexaminer leur usage sur vigne. Ce dossier concerne les professionnels, pas les produits vendus en jardinerie.
Les délais de vente et d’utilisation
Un produit retiré ne disparaît pas du jour au lendemain. Quand l’ANSES retire ou ne renouvelle pas une autorisation, elle fixe deux délais :
- un délai de vente et de distribution, après lequel le produit ne peut plus être vendu ;
- un délai d’utilisation, après lequel on ne peut plus l’employer, même si on l’a acheté avant.
Pour les produits cupriques non renouvelés en juillet 2025, le ministère de l’Agriculture indique qu’ils restent utilisables jusqu’au 15 janvier 2027. L’Institut français de la vigne et du vin (IFV) précise que leur achat était possible jusqu’au 15 janvier 2026.
Les délais varient d’une décision à l’autre. Par exemple, la décision de l’ANSES du 16 mai 2025 retirant l’AMM de la Bouillie Bordelaise Novajardin, un produit pour jardin, accordait 6 mois pour la vente et 18 mois pour l’utilisation des stocks. Ce retrait relevait d’un reclassement administratif : le produit devenait un second nom commercial d’une autre bouillie autorisée. Un retrait n’est donc pas toujours le signe d’un problème de sécurité.
Ce qui reste autorisé pour le jardinier amateur
La loi Labbé et ses exceptions
Depuis le 1er janvier 2019, la loi Labbé interdit la vente, l’utilisation et la détention de la plupart des produits phytopharmaceutiques pour un usage non professionnel (article L. 253-7 du code rural et de la pêche maritime). C’est elle qui a fait disparaître les désherbants chimiques des rayons des jardineries.
Mais la loi prévoit des exceptions. Une note de service du ministère de l’Agriculture (DGAL/SDQSPV/2019-219) rappelle que restent accessibles aux utilisateurs non professionnels, en libre-service, les produits portant la mention « emploi autorisé dans les jardins » (EAJ) qui sont :
- des produits de biocontrôle de la liste officielle ;
- ou des produits qualifiés à faible risque ;
- ou des produits dont l’usage est autorisé dans le cadre de l’agriculture biologique.
La bouillie bordelaise entre dans cette dernière catégorie : le cuivre est utilisable en agriculture biologique. Une bouillie bordelaise portant la mention EAJ reste donc vendue et utilisable par les particuliers. Pour la question du statut bio lui-même, voyez notre article la bouillie bordelaise est-elle un produit bio ?
Un exemple de produit pour jardin renouvelé en 2025
Toutes les bouillies pour jardin n’ont pas été retirées, loin de là. Le 15 juillet 2025, l’ANSES a par exemple autorisé la Bouillie Bordelaise 20 Micro Jardin (AMM n° 2250161), en micro-granulés, dans la gamme « amateur / emploi autorisé dans les jardins ». Sa décision liste de nombreux usages : arbres fruitiers, vigne, tomate, agrumes, olivier, rosier, entre autres. Elle impose aussi des conditions précises :
- pas plus de 0,4 g de cuivre par mètre carré et par an ;
- pas de traitement à moins de 5 mètres d’un point d’eau ;
- pas de traitement en présence d’insectes pollinisateurs ;
- au moins 7 jours entre deux applications.
Ces conditions montrent la tendance : la bouillie bordelaise reste permise, mais avec des doses plus basses et des règles plus strictes qu’il y a dix ans. Notre page dosage de la bouillie bordelaise intègre ces nouvelles doses.
Ce qui n’est pas permis au jardin
- Utiliser un produit professionnel. Sans la mention EAJ, un produit est réservé aux professionnels.
- Utiliser un produit dont le délai d’utilisation est dépassé.
- Traiter une culture absente de l’étiquette. Si votre bouillie ne mentionne pas la pomme de terre ou le fraisier, vous ne pouvez pas l’utiliser dessus.
- Dépasser la dose ou le nombre de traitements de l’étiquette.
- Pulvériser du sulfate de cuivre acheté comme engrais ou produit technique. Ce n’est pas un produit phytopharmaceutique autorisé pour traiter vos plantes.
Comment savoir si votre produit est encore autorisé ?
Prenez votre paquet et suivez ces étapes.
- Cherchez la mention « emploi autorisé dans les jardins » sur l’emballage. Sans elle, le produit n’est pas destiné aux particuliers.
- Relevez le numéro d’AMM, en général une série de 7 chiffres, et le nom commercial exact.
- Consultez le catalogue officiel E-Phy de l’ANSES (ephy.anses.fr). Cherchez le produit par son nom dans l’index des produits phytopharmaceutiques. La fiche indique s’il est autorisé, ses usages, ses doses et, le cas échéant, sa date de retrait et ses délais.
- Vérifiez l’usage qui vous intéresse : la culture et la maladie doivent figurer dans la liste.
- Notez les délais si le produit est retiré : date limite de vente, date limite d’utilisation.
En cas de doute, demandez en jardinerie : le vendeur doit pouvoir vous dire si le produit est toujours autorisé. Et gardez toujours l’emballage d’origine, qui porte l’étiquette et le numéro d’AMM.
Choisir un produit récent
Si vous rachetez une bouillie, privilégiez une référence récente et vérifiez son AMM sur E-Phy avant de traiter. Les sachets hydrosolubles Solabiol (4 x 200 g) évitent de manipuler la poudre à la cuillère : on dépose le sachet entier dans le pulvérisateur, ce qui limite la poussière au moment de la préparation.
Que faire d’un produit retiré ou périmé ?
- Ne le jetez jamais à l’évier, dans les toilettes, dans un caniveau ou à la poubelle. Le cuivre est toxique pour la faune aquatique.
- Ne le videz pas au pied d’un arbre « pour ne pas gaspiller » : vous concentreriez du cuivre dans le sol.
- Gardez-le dans son emballage d’origine, fermé, avec son étiquette.
- Apportez-le en déchetterie, au point de collecte des déchets chimiques des ménages. Faites de même pour les emballages vides souillés et les fonds de pulvérisateur.
Si le délai d’utilisation n’est pas dépassé, vous pouvez encore utiliser le produit, aux doses et usages de son étiquette. Une fois la date passée, il ne doit plus servir.
Que se passera-t-il après 2029 ?
Personne ne peut le dire aujourd’hui. L’approbation européenne du cuivre court jusqu’au 30 juin 2029. D’ici là, l’Union doit terminer sa réévaluation et décider de la renouveler ou non, et à quelles conditions. Le ministère de l’Agriculture a par ailleurs annoncé, dans sa réponse d’avril 2026, le financement de recherches sur des alternatives au cuivre en agriculture biologique.
Deux scénarios sont donc possibles : un nouveau renouvellement, sans doute avec des règles encore plus strictes, ou un retrait progressif. Dans les deux cas, il est raisonnable dès maintenant de réduire votre consommation de cuivre au jardin.
Les alternatives pour réduire le cuivre
Réduire le cuivre ne veut pas dire laisser la maladie s’installer. Voici les pistes les plus utiles.
- Traiter moins, mais au bon moment. Deux passages bien placés valent mieux que cinq mal calés. Notre page quand mettre de la bouillie bordelaise donne le calendrier plante par plante.
- Abriter de la pluie les cultures sensibles : tomates sous abri, pêcher palissé sous un auvent contre la cloque du pêcher.
- Choisir des variétés moins sensibles au mildiou, à la tavelure ou à la cloque.
- Soigner la culture : arrosage au pied, espacement, ramassage des feuilles malades.
- Utiliser le soufre contre l’oïdium, plus efficace que le cuivre sur cette maladie.
- Les préparations de plantes, comme le purin de prêle ou d’ortie, en complément pour renforcer les plantes. Leur efficacité n’est pas équivalente à celle du cuivre en cas de forte pression de maladie.
Le purin de prêle 2 L se pulvérise dilué sur le feuillage, en prévention, selon la notice.
Le purin d’ortie concentré 5 L s’utilise surtout comme fortifiant et engrais foliaire, dilué selon la notice.
Toutes les options sont comparées dans notre article sur les alternatives à la bouillie bordelaise. Et si vous continuez à l’utiliser, notre mode d’emploi rappelle les bons gestes.
Questions fréquentes
La bouillie bordelaise est-elle interdite en 2026 ?
Non. Le cuivre reste approuvé dans l’Union européenne jusqu’au 30 juin 2029, et des bouillies bordelaises pour jardin sont toujours autorisées. Certains produits ont été retirés en 2025, d’où la confusion.
Les particuliers peuvent-ils encore acheter de la bouillie bordelaise ?
Oui, à condition qu’elle porte la mention « emploi autorisé dans les jardins ». La loi Labbé laisse ces produits accessibles aux amateurs, car ils sont utilisables en agriculture biologique.
Pourquoi dit-on que la bouillie bordelaise va être interdite ?
Parce que le cuivre est classé substance à substituer, en raison de sa persistance dans les sols et de sa toxicité pour les organismes aquatiques. En 2025, l’ANSES n’a pas renouvelé 17 produits cupriques. La presse a souvent résumé cela par « interdiction ».
Quelle est la quantité maximale de cuivre autorisée ?
28 kg de cuivre par hectare sur 7 ans, soit 4 kg par hectare et par an en moyenne, depuis 2019. Au jardin, l’autorisation de la Bouillie Bordelaise 20 Micro Jardin l’exprime ainsi : 0,4 g de cuivre par mètre carré et par an.
Jusqu’à quand peut-on utiliser un produit au cuivre retiré en 2025 ?
Pour les produits non renouvelés en juillet 2025, le ministère de l’Agriculture indique une utilisation possible jusqu’au 15 janvier 2027. D’autres décisions ont leurs propres délais : vérifiez sur E-Phy.
Comment savoir si ma bouillie bordelaise est encore autorisée ?
Relevez le nom commercial et le numéro d’AMM sur l’étiquette, puis cherchez le produit dans le catalogue E-Phy de l’ANSES. La fiche indique son statut, ses usages et ses éventuels délais.
Que faire d’une vieille bouillie bordelaise ?
Si son délai d’utilisation est dépassé ou si vous ne pouvez pas vérifier son statut, apportez-la en déchetterie dans son emballage d’origine. Ne la jetez jamais à l’évier ni à la poubelle.
Le sulfate de cuivre est-il interdit au jardin ?
Le sulfate de cuivre vendu seul n’est pas un produit autorisé pour traiter vos plantes au jardin. Pour traiter, utilisez une bouillie du commerce avec mention « emploi autorisé dans les jardins ».
La bouillie bordelaise sera-t-elle interdite en 2029 ?
On ne le sait pas. L’approbation court jusqu’au 30 juin 2029. L’Union européenne décidera d’ici là de la renouveler ou non, et à quelles conditions.
Sources : – Assemblée nationale, question écrite n° 10958 et réponse du ministère de l’Agriculture publiée au JO le 14 avril 2026 (34 décisions, 2 AMM renouvelées, 17 non renouvelées, utilisation jusqu’au 15 janvier 2027, prolongation jusqu’au 30 juin 2029 par le règlement 2025/1489, 28 kg/ha sur 7 ans) : https://questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-10958QE.htm – ANSES, « Conditions d’utilisation des produits à base de cuivre en agriculture : comprendre les décisions de l’Anses », 21 février 2026 : https://www.anses.fr/fr/content/conditions-d-utilisation-des-produits-a-base-de-cuivre-en-agriculture-comprendre-les-decisions-de-l-anses – ANSES, Bulletin des AMM, janvier 2019 (renouvellement au 1er janvier 2019 pour sept ans, 28 kg/ha sur 7 ans) : https://www.anses.fr/fr/system/files/ANSES-Ft-BulletinAMM-Janvier2019.pdf – EUR-Lex, règlement d’exécution (UE) 2025/1489 du 24 juillet 2025 : https://eur-lex.europa.eu/eli/reg_impl/2025/1489/oj/fra ; règlement d’exécution (UE) 2018/1981 du 13 décembre 2018 (fiche AIDA-INERIS) : https://aida.ineris.fr/reglementation/reglement-dexecution-ue-ndeg-20181981-131218-renouvelant-lapprobation-substances – ANSES, décision « Bouillie Bordelaise 20 Micro Jardin » (AMM n° 2250161), 15 juillet 2025 : https://www.anses.fr/system/files/phyto/decisions/BOUILLIEBO_PMOI_2020-3144_D.pdf – ANSES, décision de retrait « Bouillie Bordelaise Novajardin » (AMM n° 7700568), 16 mai 2025 : https://www.anses.fr/system/files/phyto/decisions/BOUILLIEBO_PRAUT_2025-1058_D.pdf – Ministère de l’Agriculture, note de service DGAL/SDQSPV/2019-219 (produits EAJ accessibles aux non-professionnels) : https://info.agriculture.gouv.fr/boagri/instruction-2019-219/telechargement – Tribunal administratif de Melun, communiqué du 31 mars 2026 : https://melun.tribunal-administratif.fr/Media/mediatheque-ta-melun/documents/2026/2026-03-31-cp_societe_cosaco_gmbh_ta-melun – IFV, note de synthèse cuivre du 27 mai 2026 (date limite d’achat du 15 janvier 2026) : https://www.vignevin.com/wp-content/uploads/2026/05/Note_synthese_cuivre_27_mai_2026_VF.pdf – ANSES, catalogue E-Phy : https://ephy.anses.fr/

